Quand je fais une composition un peu compliquée, plusieurs pages, voire plusieurs cahiers, je prépare au début un exemplaire de référence. Le même papier, un cahier complet, en indiquant où doit tomber chaque page.

Ça donne les bonnes infos sur le sens dans lequel doit être chaque page. Je l'utilise également pour décider comment je vais faire mes marges. Quelle quantité de blanc, à quel endroit dans ma planche, pour que le cahier tombe juste au pliage puis au massicotage.

Au fur et à mesure que j'avance dans ma composition, j'imprime sur l'exemplaire de référence. Il est tout sale et tout griffoné, mais il me permet de vérifier que je ne me trompe pas. J'imprime cet exemplaire une fois que les corrections sont faites et que la pression est réglée. Quand je ne me trompe pas, j'imprime cet exemplaire juste avant de faire toute la série.

Ici on voit la première page, celle de titre. Elle porte les mesures de toutes les marges. Les côtes sont en cicéros (1cc = 12pt).

Les mesures et le centrage sont suffisamment juste pour que la mention "Cahier un" tombe exactement dans la zone prévue où je l'avais griffonnée.

L'assemblage de marges est conservé. Si je viens à imprimer autre chose, je le déplace tel quel, sans le démonter, pour garder le même calage d'un cahier à l'autre. Ici, il comporte les pages 7 et 10, qui sont sur le cahier 3.

Comme je suis un peu bordélique, on a fait tout le tirage de cette forme la dernière fois. Sans faire l'exemplaire de référence. Du coup ce matin, on encre tout, et on fait l'exemplaire de référence. S'il ne tombe pas juste, on corrige, on jette le tirage complet, et on refait.

Il y a donc 140 exemplaires qui sont en péril :)

Mais je pense que toi va gentiment se passer, on a bien bossé la dernière fois.

Il faut préparer l'encre. C'est assez épais de l'encre typo. On la met sur une vitre, et on la travaille avec un couteau. N'ayant pas un vrai couteau à encre, je travail avec un petit couteau à enduit.

Le travail se fait au couteau. Pour assouplir et aérer l'encre. Une petite vidéo pour montrer.

On met l'encre sur les rouleaux et pouf. En quelques instants il y a de l'encre partout.

Voilà. La page 7, qui commence le cahier 3, tombe tout pile à l'endroit prévu sur l'exemplaire de référence. Du coup, les 140 tirages de la dernier fois sont bons. On peut donc nettoyer la composition et imposer les pages 8 et 9 qui vont venir au verso des pages 7 et 10.

Il faut sortir les deux pages en place. Desserrer la forme, puis lever les marges. Le texte le retrouve debout, tout seul, prêt à tomber.

Alors on va le ficeler, il sera redevenu un paquet. Puisqu'il a perdu sa mise en page (la mise en page, ce sont les marges, folios, filets, titres courants, etc, autour du pavé de texte).

Une fois évacué ce paquet, on démonte la deuxième page. Même méthode. Sortir les marges. Faire un paquet. Évacuer.

Il nous reste donc la forme avec toute une partie évidée. On reconstruit dans cette zone des pages blanches et on libère les deux autres pages. En effet les pages 8 et 9 qu'on va faire seront au dos des pages 7 et 10 qu'on vient de retirer. Donc de l'autre côté, en miroir.

Les pages 7 et 10 sont mises de côté, il faudra les démonter. Les pages 8 et 9 sont prêtes à être mises en page.

Sans enlever les ficelles on amène les deux pages à leur place, avec les garnitures autour. Puis on enlève les ficelles, on pousse doucement, et hop, tout tombe en place.

Sauf que pas du tout. Forcément ya un caractère qui s'est mis de travers. Et qui coince. Il faut le trouver, le remettre droit, et serrer pour vérifier que tout vient en place.

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Maintenant, on va serrer la composition. Encrer. Imprimer. Et corriger. Puis recommencer jusqu'à ce qu'on ne voit plus de faute. Ça peut prendre du temps. Beaucoup de temps.

Sentez vous libre de faire la révolution et d'aller abattre le capitalisme pendant ce temps là. Je vous retrouve tout à l'heure.

Voilà. Le texte est calé. Et corrigé. Prêt pour le tirage. C'est donc le moment de faire cuire les nouilles pour la carbo de ce midi et de vous dévoiler un secret.

Le texte sur lequel je travaille est long. Une vingtaine de pages. Pour avoir une estimation fiable du nombre de pages, je l'ai composé d'abord avec LaTeX. Avec la bonne police (Vendôme).

J'ai eu du mal à trouver les bonnes mesures. LaTeX et le plomb ne sont pas d'accord sur la taille du point, ça complique les choses. Mais au final, pour le moment, j'ai respecté la composition de LaTeX sur toutes les lignes (sauf une ou deux, il y a des caractères qui diffèrent, genre sur le demi gras ou les guillemets).

Et du coup, la page 8 ici, est quand même fort similaire en version LaTeX et en version plomb.

La version plomb cependant présente les imperfections de la réalité matérielle. Un sentiment de poids, de pression. Très satisfaisant, comme disent les jeunes :)

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